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October 1, 2026

Formation VR : Dimitra Manoliadis d’Altheria forme l’usine

Dimitra Manoliadis
SaaS CEOs

À propos de cet épisode

Dimitra Manoliadis, cofondatrice et CEO d’Altheria, explique comment son éditeur no-code permet aux formateurs industriels de créer leurs formations en réalité virtuelle, pour un coût au moins cinq fois inférieur à la concurrence. Elle partage la réorientation de son projet étudiant vers la pharma, le passage au SaaS et son ambition d’équiper les ministères de la défense de l’OTAN.

Formation VR industrielle : Altheria remplace le PowerPoint

Dimitra Manoliadis est cofondatrice et CEO d’Altheria, une startup bruxelloise spécialisée dans la formation VR industrielle. Diplômée en Business Economics de la KU Leuven, elle lance le projet avec ses cofondateurs en 2016, alors qu’ils sont encore étudiants. La société naît officiellement en 2018.

Altheria remplace les formations industrielles classiques par des simulations en réalité virtuelle et en réalité mixte. Ses clients forment leurs opérateurs dans des environnements qui reproduisent leurs outils réels, sans les risques. Une session dure en moyenne 15 minutes, contre des demi-journées de PowerPoint.

Dans cet épisode de Pile ou SaaS, Dimitra raconte le virage de son projet étudiant vers l’industrie, le passage au modèle SaaS et l’entrée d’Altheria dans la défense.

De la KU Leuven à SolVR, un projet étudiant devenu startup

Le cursus de Dimitra la prépare à diriger une entreprise, pas à développer de la réalité virtuelle. Elle apporte la gestion, la finance, le commercial et une partie du marketing. Ses cofondateurs apportent les compétences techniques et artistiques. Ensemble, ils prennent leurs décisions de façon collégiale. Tout le monde doit être aligné avant d’avancer.

Le projet démarre en 2016 sous le nom de SolVR, pour « solutions VR ». L’objectif est alors pédagogique : aider les étudiants à mieux comprendre leurs cours de sciences. Lors du passage chez le notaire en 2018, l’équipe adopte un nom plus simple : Altheria.

Les débuts se font en bootstrap. L’équipe autofinance le projet pendant deux ans, puis réalise une levée de fonds en 2020. Aujourd’hui, Altheria compte six personnes à temps plein. Le taux de rétention reste élevé. « Le premier employé qu’on a eu est toujours là », souligne Dimitra.

Constituer l’équipe a pris du temps. Créer de la réalité étendue exige des artistes 3D, des développeurs pour la plateforme sur ordinateur et des spécialistes de l’expérience dans le casque. Le projet a fédéré ces profils.

Le virage vers l’industrie, déclenché par GSK

Le changement de cible naît d’une opportunité. GSK, leader mondial de la pharma, organise un concours ouvert à des équipes de développeurs. Altheria termine deuxième. GSK apprécie pourtant sa vision : des produits de formation VR capables de passer à l’échelle. Les discussions commencent et ouvrent la porte de la pharma.

La décision reste difficile pour des fondateurs de 20 et 21 ans. L’équipe tenait aux valeurs liées à l’enseignement. Elle débarque dans un milieu dont elle ignore le langage. « Sans ce virage, le projet serait mort dans l’œuf », reconnaît Dimitra.

Le décalage se ressent aussi sur le terrain. Il y a huit à dix ans, Dimitra arrive à 21 ans face à des interlocuteurs qui comptent 25 ans de métier dans la même entreprise. Être une femme dans l’industrie lourde complique encore l’exercice dans certains milieux. Deux choses ont changé la donne. D’une part, l’équipe parle désormais le langage de ses clients. D’autre part, l’expérience a renforcé son assurance en rendez-vous. « Rien que ça, ça aide énormément », constate-t-elle.

Altheria Practice, un éditeur no-code de formation VR industrielle

Altheria Practice est un éditeur sans code. Il permet aux formateurs de transformer leur expertise en scénarios de réalité virtuelle. Altheria vise les départements L&D et les responsables sécurité des sites, pas les équipes IT. La mission est claire : abattre le mur entre les formateurs et la technologie.

Le choix du no-code date des débuts. Créer du contenu sur mesure ne passait pas à l’échelle. Vendre des bibliothèques de formations demandait une expertise industrielle que l’équipe n’avait pas encore. En outre, la barrière à l’entrée des bibliothèques restait faible. Un éditeur exige au contraire beaucoup de temps et de ressources. Peu d’acteurs s’y risquent. C’est pourquoi l’équipe a misé sur cette voie.

Un formateur entraîné crée une formation en trois à quatre heures. Un débutant a besoin de trois ou quatre sessions de la même durée. Dans les faits, deux profils créent eux-mêmes leurs contenus : les grands groupes dotés d’un service L&D et les écoles. Ce retour vers l’enseignement réjouit l’équipe. Les enseignants maîtrisent la pédagogie et prennent l’outil en main par curiosité.

Pour les entreprises sans service L&D, Altheria crée le contenu à partir de leurs supports. L’éditeur lui permet d’afficher des prix au minimum cinq fois inférieurs à ceux de ses concurrents, et jusqu’à dix fois sur certains projets.

15 minutes en casque pour remplacer quatre heures de formation

Les chiffres du secteur parlent d’un apprentissage quatre fois plus rapide, de 70 % de temps de montée en compétence en moins et de 50 % d’amélioration de la sécurité. Dimitra précise qu’ils proviennent d’études menées par de grands bureaux d’études, pas uniquement de ses clients.

Chez ses clients, le calcul du ROI repose sur une logique simple. Le temps passé en formation est perdu pour la production. Or la conjoncture industrielle reste difficile depuis deux ans. Une session Altheria dure entre 12 et 17 minutes par thématique. L’opérateur répète les gestes, voit les conséquences de ses erreurs et applique les procédures de sécurité. Il se forme 15 minutes avant ou après son shift, puis retourne en production.

GSK a ainsi basculé tous ses onboardings en réalité virtuelle pour absorber son turnover. Chez un client de l’agroalimentaire, une formation sur l’inspection qualité dure en moyenne 17 minutes. Elle évalue chaque opérateur sur plusieurs situations et produit des statistiques sur les points faibles. Ces formations répondent souvent aux écarts relevés lors d’un audit.

Practice couvre surtout la sécurité et la qualité. Il reproduit une usine, un poste de travail ou une machine. Il sensibilise par exemple au port des EPI ou aux palettes autorisées en zone de production.

Altheria Handle et la réalité mixte au service de la précision

Dimitra distingue deux technologies. En réalité virtuelle, tout ce qui t’entoure est virtuel. En réalité mixte, le même casque laisse voir l’environnement réel, avec quelques objets 3D ajoutés. La réalité augmentée façon HoloLens a perdu du terrain depuis l’abandon du projet par Microsoft.

Altheria Handle est né d’un besoin précis de la pharma : l’inspection visuelle des fioles. Les opérateurs font passer des flacons devant des fonds blancs et noirs pour repérer des particules. Cette compétence se transmet en observant les anciens, avec leurs défauts. Deux clients voulaient standardiser la procédure dans plusieurs pays.

Le principe est le suivant. Le formateur enregistre sa gestuelle avec le casque, dans la vraie cabine d’inspection. L’opérateur en formation voit ensuite les mains de son formateur, sous forme de mains robotisées, et reproduit le geste avec le bon rythme. La formation s’envoie partout, de Bruxelles à Singapour. L’équipe mène actuellement de la R&D pour étendre Handle à d’autres gestes, avec un nouveau projet attendu l’an prochain.

Du projet sur mesure au SaaS, avec un catalogue pour les PME

Après le bootstrap, Altheria a longtemps vécu de projets sur mesure. Il y a deux ans, l’équipe a opéré un virage vers le SaaS. Elle sélectionne désormais ses projets selon leur potentiel de licence. Ce choix a fait baisser le chiffre d’affaires à court terme, au profit de clients à plus longue durée de vie.

L’offre se décline selon la taille du client. L’éditeur s’adresse aux grandes entreprises. Les PME manquent de temps pour créer leurs contenus. Altheria leur propose donc un catalogue de formations conçu avec des experts : premiers secours, comportement en salle blanche, manipulations en laboratoire, chasse aux risques en entrepôt. Les licences y sont plus abordables et évoluent avec la taille de l’entreprise.

La pharma reste le secteur d’ancrage. La Belgique compte parmi les pôles pharma majeurs d’Europe, avec des régulations strictes, des audits obligatoires et des formations à la clé. Le Covid a renforcé ce lien, car la pharma cherchait des formations digitales et standardisées. L’agroalimentaire suit des principes proches. Un déversement de produit chimique se gère presque de la même façon dans une usine de pommes de terre, une brasserie ou une unité de vaccins.

Arriver tôt sur le marché a demandé un long travail d’évangélisation. En 2018, une démo exigeait un PC fixe, des capteurs et un casque câblé. Aujourd’hui, la réalité virtuelle est mature. Un frein persiste toutefois : certains prospects gardent le souvenir d’un casque de mauvaise qualité qui leur a donné la nausée.

La défense, un nouvel axe stratégique pour Altheria

Altheria n’a pas cherché le marché de la défense. SAFE, une fondation italienne spécialisée dans la formation CBRN, l’a contactée. Elle répondait à un appel d’offres de la Commission européenne qui prévoyait un éditeur. Altheria a adapté le sien plutôt que de repartir de zéro. Elle a ainsi présenté l’offre la plus compétitive, face à moins de dix concurrents à l’époque.

Le projet européen s’est terminé en 2024 par une preuve de concept. L’équipe a ensuite tout reconstruit. En un an, elle a sorti une V1 cofinancée avec SAFE. La version bêta est en test dans cinq pays, et d’autres négociations sont en cours. Les rôles sont répartis. Altheria développe le produit. SAFE apporte l’expertise métier, vend, installe et forme les clients.

Les cycles de vente relèvent du B2G : appel d’offres, réponse, négociation, puis trois mois d’attente. Les questions de cybersécurité pèsent lourd. Le contexte a aussi évolué. Il y a trois ans, travailler pour la défense était mal perçu. Aujourd’hui, c’est là que la plupart des pays investissent.

Les leçons de Dimitra Manoliadis sur la vente et la vision

Altheria combine plusieurs canaux d’acquisition. Premièrement, des séquences de cold emailing et de cold calling vers des entreprises proches de ses clients existants. Deuxièmement, LinkedIn, où se trouvent les décideurs qui débloquent les budgets. Troisièmement, un ou deux salons par an, surtout pour rester visible. Les salons locaux fonctionnent mieux quand Altheria y présente un cas avec son client. Enfin, une recommandation suivie d’un appel reste le levier le plus efficace.

La plupart des clients sont en Belgique, et surtout en Wallonie. Quelques-uns se trouvent en Flandre et dans le nord de la France. GSK déploie les formations à l’international. L’expansion européenne attendra, car deux personnes seulement gèrent le commercial, en plus des projets européens, des RH et des finances.

Le principal défi reste la vente. « Le cash, c’est ton oxygène », résume Dimitra. Elle préfère une équipe plus petite qui travaille sereinement. Sa vision à trois ans est ambitieuse : voir la plupart des ministères de la défense des pays de l’OTAN former leurs équipes avec Altheria.

Altheria prouve qu’une formation VR industrielle réduit le temps passé hors production. Dimitra Manoliadis s’appuie sur un éditeur no-code, un ancrage solide dans la pharma et un pied désormais posé dans la défense.

À propos de Dimitra Manoliadis

Dimitra Manoliadis est cofondatrice et CEO d’Altheria depuis sa création en 2018, après deux ans de projet étudiant. Diplômée en Business Economics de la KU Leuven, elle pilote la gestion, la finance et le commercial de la startup. Elle dirige aujourd’hui une équipe de six personnes avec la mission de rendre la réalité virtuelle accessible aux formateurs de l’industrie.

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